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Selon Gartner, les budgets consacrés aux technologies juridiques vont doubler. Voici à quoi les cabinets devraient les consacrer.

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Kathleen Hogan

Partenaire en innovation juridique, NetDocuments

La dernière prévision de Gartner a été publiée la semaine dernière, avec un titre que les fournisseurs de technologies juridiques ne manqueront pas de citer pendant des années : les budgets consacrés aux technologies juridiques vont doubler d’ici 2028. Si vous êtes directeur juridique, associé gérant ou directeur des opérations juridiques, vous recevez sans doute déjà des appels de fournisseurs désireux de tirer parti de ces dépenses.

Voici ce que dit exactement cette prévision, et ce que cela implique pour l'affectation de votre budget.

Ce que Gartner a réellement constaté

La croissance prévue par Gartner est portée par une catégorie spécifique d’outils : les plateformes d’IA juridiques spécialisées qui génèrent des gains de productivité mesurables dans des flux de travail juridiques importants. Citons notamment l’accélération de la révision des contrats, la réduction des dépenses liées aux conseillers juridiques externes et l’amélioration des résultats en matière de conformité. À plus long terme, Gartner prévoit que d’ici 2029, environ 50 % des révisions de contrats seront confiées à des systèmes en libre-service, et que 60 % des services juridiques utiliseront des systèmes de prise en charge des demandes basés sur l’IA, capables de répondre à la moitié des demandes sans intervention humaine.

Ce qui est remarquable dans ces conclusions, c'est ce dont elles ne traitent pas. Elles ne concernent pas les chatbots d'IA à usage général ni les outils de productivité qui s'avèrent fonctionner dans le domaine juridique. Les cabinets qui en tirent de réels avantages utilisent des plateformes spécialement conçues pour s'adapter à l'organisation du travail juridique.

Le problème de contexte dont personne ne parle lors des démonstrations

Toutes les démonstrations d’IA juridique sont impressionnantes. L’IA examine le contrat, identifie les problèmes et rédige la réponse. Ce que la démonstration ne montre pas, c’est ce qui se passe lorsque l’IA manque de contexte et ignore qu’il s’agit de la quatrième version d’un accord que vous avez négocié avec cette contrepartie. Ou lorsqu’elle ignore qu’un litige en cours complique certaines déclarations, ou encore qu’elle ne connaît pas la position habituelle de votre cabinet sur une clause particulière.

C'est précisément ce manque de contexte qui explique pourquoi les déploiements d'IA juridique produisent souvent des résultats techniquement corrects, mais incomplètes sur le plan pratique. Et c'est pourquoi les plateformes spécialisées mises en avant par Gartner surpassent les outils polyvalents : elles sont conçues pour intégrer et exploiter ce contexte, et non pas simplement traiter des documents de manière isolée.

Où investir ?

Les prévisions de Gartner mettent en avant trois priorités en matière d'investissement dans les technologies juridiques pour les deux prochaines années.

  • Priorité à l'infrastructure.
    Avant de déterminer quelles applications d'IA déployer, investissez dans l'infrastructure qui rendra ces applications utiles : un système de gestion documentaire qui cartographie les relations entre vos dossiers, vos documents et votre savoir institutionnel d'une manière accessible à l'IA, dans le respect de vos autorisations existantes et de vos cadres de gouvernance.
  • La spécialisation prime sur la généralité.
    Les gains de productivité mis en évidence par Gartner proviennent d’outils conçus pour les flux de travail juridiques, et non d’outils d’IA adaptés à un usage juridique. Le travail juridique présente une structure spécifique – dossiers, versions, privilèges, barrières éthiques – que l’IA à usage général ne comprend pas et autour de laquelle s’articulent les plateformes spécialisées.
  • La gouvernance : une exigence, pas une option.
    La loi européenne sur l’IA entrera en vigueur en août et classera l’IA juridique parmi les technologies à haut risque. La transparence, le contrôle humain et la traçabilité ne sont pas de simples atouts facultatifs. Les plateformes qui resteront viables face au durcissement du cadre réglementaire sont celles dont la gouvernance gère les barrières éthiques et la prévention des pertes de données conformément aux directives des conseillers juridiques externes avec la même rigueur que votre système de gestion de contenu.

La question du retour sur investissement

Selon les résultats d’une récente enquête relayée par Bloomberg Law, moins de 20 % des cabinets d’avocats mesurent actuellement le retour sur investissement de leurs investissements dans l’IA. Ce chiffre devra évoluer à mesure que les budgets doubleront. Les cabinets qui parviendront à justifier la poursuite de leurs investissements seront ceux qui pourront mettre en avant des gains de productivité concrets : gain de temps lors de la prise en charge des dossiers, réduction du nombre d’heures consacrées par les collaborateurs à l’examen routinier de documents, et diminution du recours à des conseillers juridiques externes.

Ces résultats sont réalisables, mais ils nécessitent des bases solides. Un budget doublé consacré à des outils d'IA isolés, dépourvus d'infrastructure contextuelle, entraînera une multiplication par deux des coûts pour des gains marginaux. Ce même budget, s'il est affecté à des plateformes intégrées et sensibles au contexte, peut produire des résultats qui justifient les prévisions de Gartner.

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